Pour restaurer sa maison dans la médina historique de Fes, le directeur artistique Stephen di Renza  a mobilisé un village entier - et un convoi d'ânes.

Auteur : Ian Phillips. Photos : Henri Bourne

Tout a commencé par une visite chez le dentiste. En 1999 Stephen Di Renza se fait opérer des dents à Paris et ne peut plus manger pendant un mois. « Après quinze jours » se souvient-il « je n rêvais plus que d’une chose : me retrouver au calme quelque part pour lire. » Il avait entendu parler d’une nouvelle maison d’hôtes à Fes dans le nord du Maroc et décide de s’y rendre. Immédiatement, il tombe amoureux de la ville.

Il s’enthousiasme pour « la magnificence et la tranquillité de la médina, ce sentiment que rien n’a été touché par le temps. Il y a une grande authenticité. Le site est médiéval et en faisant abstraction des paraboles, rien ne semble avoir changé. Il y a bien eu une tentative pour faire entrer les automobiles dans la médina, mais ce fut un échec. » Ces mots rappellent ceux des écrivains voyageurs du 20ième siècle Jérôme et Jean Tharaud qui voyaient en Fes « le site miraculeux de la suppression du passage du temps. »

Cette sensation, vous pouvez la ressentir en vous perdant à travers le labyrinthe des étroites ruelles de la vieille ville. Les ânes sont chargés de pavés ou de canettes de coca, les caniveaux du marché ruissellent de sang de poulet et partout où le regard se pose, il y a des artisans dans leurs petits ateliers utilisant des techniques qui avaient déjà cours au Moyen-Age… des tanneurs, des ferronniers, des charpentiers, des tisseurs…

Dès sa première visite, Stephen Di Renza, qui vit à Paris, décide d’acheter une « petite retraite » dans le cœur de la médina. Il trouve une bâtisse de 3 étages de la fin du 18ième siècle originellement construite comme une maison d’hôtes par un riche marchand. Bien que selon les standards marocains la propriété ne soit pas immense (construite sur une base de 150 mètres carrés), la bâtisse est très haute et richement décorée. « le marchand devait probablement loger ses clients ici » explique SDR « le bâtiment devait par conséquent les impressionner. Il possède tous les éléments de décor que l’on trouve dans des maisons plus imposantes, comme une fontaine, des moulures et de magnifiques plafonds peints. »

Le précédent propriétaire était un vieil homme malade avec deux épouses. « Il voulait vendre la maison par peur de problèmes d’héritage » nous apprend Stephen Di Renza. Il le fit juste à temps. « Je suis venu signer, et il est mort deux jours après. » Les actes de la maison remontent à 1840. SDR les a encadrés et placés dans le hall d’entrée et dans la chambre principale.

Avant ça bien sûr il a fallu faire de gros travaux de restauration. Au fil des ans, le patrimoine architectural de la maison n’avait pas été vraiment respecté. Par exemple une immense télévision trônait dans la fontaine, la cour en marbre avait été couverte de graviers dans les années 70 et la cuisine était « un désastre. « L’humidité s’y était installée et tout pourrissait » se souvient SRD. En outre, tout était recouvert d’une généreuse couche de peinture. Le fer forgé était argenté et les boiseries turquoise brillant. SDR employa jusqu’à 75 personnes pour l’ôter, travaillant au coton-tige. Il fit même venir un ami restaurateur qui travaille pour le Louvre afin qu’il leur enseigne la bonne technique.

Il eut plus de difficultés à trouver quelqu’un pour nettoyer les carrelages. « Tous les artisans locaux préconisaient de les enlever et de les remplacer. » Comme il voulait garder autant de détails originaux que possible, SDR se mit au travail lui-même avec une petite brosse en métal et un diluant pour peinture. Il a aussi conçu un toit télescopique en verre pour protéger la cour de la pluie et refait la hauteur de certains plafonds afin que les deux étages du haut puissent accueillir des chambres confortables. Au deuxième étage, il enleva un mètre de gravats de l’une des ailes. « C’est ce qui revint le plus cher puisqu’il fallut les enlever à dos d’âne, et un mètre de gravats équivaut à des centaines de voyages ! »

Tout cela était bien loin de ce à quoi il était habitué. Né en 1960 à Philadelphie, SDR fit des études de cinéma à l’université de NY avant de travailler comme styliste de mode pour le magazine Interview au début des années 80. Parmi ses multiples expériences il a passé 3 ans à Hanoi pour développer des produits pour Habitat, il a aussi été directeur de mode pour Neiman Marcus et Bergdorf Goodman ainsi que directeur artistique pour Dunhill. Il a quitté ce poste au milieu de l’année 2005 et s’occupe actuellement d’un projet de livre sur l’histoire de la mode masculine.

Les traces de ses multiples existences se retrouvent dans toute la maison de Fes. La table du patio est faite d’une découpe d’un mobilier de présentation Dunhill et le mur d’une des chambres est décoré par des visuels de magasins faits par le photographe Japonais Keiichi Tahara. Dans le salon sont exposés des prototypes de céladons conçus pour Habitat ainsi que plusieurs autres objets asiatiques ; un meuble vietnamien trône dans le bureau/salle à manger et une bannière de temple chinois du 20ième siècle orne la chambre principale. On y trouve aussi des meubles vintage français et anglais ainsi que quelques touches marocaines comme le portrait presque pop du jeune Hassan II dans la cuisine ou des vêtements traditionnels de berger pour couvrir les banquettes sur le toit terrasse.

 

Un des trucs déco favori de SDR est le recyclage et le détournement de vieux objets. Il a transformé une vieille cruche en lampe pour la fontaine, un vieux cabinet médical en meuble de cuisine et un coffre à charbon en armoire à pharmacie. SDR a aussi chiné quelques petites merveilles. Certaines des meilleures viennent de ce qu’il appelle ses « Souks du dimanche » , les marchés des campagnes environnantes. « C’est ce que je préfère faire » insiste-t-il « quand je trouve quelque chose, j’en suis tout excité » Un jour il a même trouvé une table de salle à manger tulipe de Eero Saarinen pour 5 petits dollars !

 

Quand il est à Fes, ses voyages dominicaux aux souks constituent l’une de ses rares sorties. La plupart du temps on le trouve se prélassant sur la terrasse. « Pour moi, c’est resté un endroit où je viens pour lire, écrire et me relaxer. » Il aime aussi que ses amis empruntent la maison et il l’a même prêtée deux fois pour un mariage. Ceux qui veulent goûter à la vie de la médina peuvent aussi la louer grâce à Travel Intelligence (www.travelintelligence.net). Peut-être ressentiront-ils les même impressions que l’écrivain Paul Browles. Dans un texte de 1984, il décrit les maisons bourgeoises typiques de Fes comme «  un paradis miniature totalement protégé du regard du monde. » Pour SDR, sa maison, c’est exactement cela !


Fez


A Fez è meglio arrivarci di notte: nel buio la città è al massimo della sua teatralità enigmatica, sembra immensa ed è ancora affollata. Il viaggio dall’aeroporto dura al massimo mezz’ora. Attraversiamo la Ville Nouvelle con i suoi ampi, freddi boulevard; ci lasciamo alle spalle le lussuose ville, e poi giù, lungo la collina per oltre 25 km verso la Medina, sito Unesco dal 1981, dove le auto non possono entrare: è la zona car-free più vasta del mondo. La geografia della città preclude ogni cambiamento. Le stradine non possono essere allargate, e perciò è prigioniera della propria struttura: i viali sui quali non batte mai il sole, i balconi sporgenti, i ripidi vicoli di ciottoli. L’animo di Fez, considerata la più importante città medievale intatta, si esprime anche nell’abbigliamento, legato alla tradizione islamica: le donne indossano indumenti che coprono il corpo per intero, come la djellaba o il tk’chita,


privo di cappuccio. Molte portano scarpe eleganti e amano truccarsi. Gli uomini indossano djellaba e babbucce, spesso di un giallo acceso. A differenza di Marrakech, con i suoi palazzi dai colori sgargianti, Fez è piuttosto monocromatica. Solo i tetti verdi delle moschee interrompono la monotonia del paesaggio grigio e marrone. Se ne contano più di 200, oltre a 60 fontane, 250 hammam e 800 panetterie. (segue)



Il cuore della Medina – e il suo santuario più venerato – è la Moschea Karaouiyne, ma tra i luoghi che più mi colpiscono ci sono le antiche concerie, Guerniz e Chouara, dell’XI secolo: centinaia di recipienti di colori brillanti, altri contenenti liquidi in cui il pellame viene ammorbidito, altri adibiti all’asciugatura… Tutto viene lavorato a mano, anche in estate, con temperature che superano i 40 gradi. Per riuscire a sopportare l’odore, vengono forniti provvidenziali rametti di menta da tenere sotto le narici. Forse, la sintesi del mio viaggio sta in poche parole di Paul Bowles: «Fez non è una città che può essere amata da chiunque». La sua malinconia è un dedalo che ti risucchia, e dove vorresti tornare e tornare ancora… Lucretia Stewart



DORMIRE A FEZ

Tra i riad più originali della Medina, ci sono il Dar 47 (47 Haffarine; da 120 €), e il Riad Numero 9 con interni di Stephen di Renza e Bruno Ussel. Solo la cucina (dove ci si prepara la colazione da soli) varrebbe una sosta (9 Derb El Masid; da 100 €). Minimal e con mobili d’epoca, il riad Dar Seffarine (14 Derb Sbaa Louyate, tel. +212 671113528; 70 €). Ha appena inaugurato con spa, hammam e piscina e tre junior suite il Riad Fès (5 Derb Ben Slimane Zerbatana, tel. +212 535 947610; da 153 €). Nuovissimo e lussuoso anche il Palais Amani (12 Derb El Miter, tel. +212 535 633209; da 203 €). MANGIARE A FEZ Il locale più interessante del momento è il Café Clock, gestito nella Medina dall’inglese Mike Richardson. Si trova di tutto, dai pancake alla ricotta al famoso hamburger di cammello. Sul sito sono elencati gli appuntamenti culturali in città (7 Derb el Magana, Talaa Kbira, tel. +212 535 637855; 30 €).



Tra i ristoranti e lounge bar, interessanti il Mezzanine (17 Kasbat Chams; tel. +212 535 638668; 60 €) e la Maison Blanche per la moderna cucina mediterranea di Thierry Enderlin (12 Rue Ahmed Chaouki, tel. +212 535 622727; 60 € per tre portate e vino). I FESTIVAL A FEZ
Assolutamente da vedere: Festival de la Culture Soufie ad aprile e Musiques Sacrée du Monde a giugno.

IN OUR FOURTH ISSUE, ESENSUAL LIVING EMBRACES THE GLOBAL STYLE-MAKERS WHOSE INSPIRATION IS DERIVED FROM THE MULTIFACETED CULTURES OF THE MEDITERRANEAN. BORN IN EGYPT, ALGERIA, LEBANON, TURKEY, BUT ALSO IN THE US, THEY ARE THE ARCHITECTS OF A NEW DESIGN LANDSCAPE BASED ON THEIR OWN HERITAGE OR THEIR FASCINATION WITH THESE LEGENDARY SHORES.


WE ASKED THE FOLLOWING FOUR KEY QUESTIONS:

1. HOW DOES YOUR ORIENTAL HERITAGE INSPIRE YOUR WORK? HOW DO YOU INTERPRET THIS IN YOUR DESIGN?
2. IS THERE A STRONG CONTEMPORARY CURRENT IN THE MIDDLE EASTERN DESIGN LANDSCAPE?
3. WHICH ORIENTAL PERSONALITY HAS MARKED YOUR DESIGN PHILOSOPHY? AND WHY?
4. WHEN TRAVELING TO THE MIDDLE EAST, WHAT FAVORITE TREASURES DO YOU BRING BACK WITH YOU?




STEPHEN DI RENZA
Stylist for Interview Magazine, Fashion Director for Neiman Marcus and Bergdorf Goodman, ultra-sophisticated Artistic Director for Alfred Dunhill in Paris, Philadelphia-born Stephen di Renza exudes all that is chic about a Parisian. He has now relocated to Fez where, in 2012, he opened restaurant Numéro 7 and a boutique guest house Riad N°9 with his French partner, chef Bruno Ussel. Their oasis is the perfect blend of contemporary Oriental style with traditional craftsmanship. A dream come true for any visitor…



1. The Arab world gave us geometry which is an archetypal form of design itself. To quote Plato “… geometry is the knowledge of the eternally existent.” The sense of geometrical proportion is everywhere in the Islamic applied arts. Personally, I find inspiration by stripping off or abstracting layers of embellishment and taking designs down to their geometric base.


2. I believe there is and actually always has been. It’s just that now we’re seeing designers using the geometric principles of ordered space that underline all Islamic art and rather than adding ornament are doing just the opposite. What many people are calling “Modern Moroccan” is exactly this rather than any kind of “fusion” with western styles.

3. I cannot say there is one particular personality who has marked my design philosophy. I would however say that I am extremely intrigued by the creation process – and design philosophy- at certain periods of history which correspond to my own process. During the early spread of Islam, in the seventh and eighth centuries, artists encountered a range of patterns and designs that they adopted…abstracting and adopting them into new forms to support new uses.

4. I have an artisanal perfumer in Fez who has an incredible range of natural essences. I tend to bring orange and violet essential oils as gifts for my ladies friends and pieces of musk which I put in my closets to perfume linen and clothing



www.riad9.com